Tahiti, c’est fini.

Après deux ans et quatre mois.

J’ai embarqué dans cette aventure d’une façon assez chaotique. Je sortais d’une relation sans queue ni tête, mon boulot était source d’anxiété et de rumination constante ; je ne rêvais que de le quitter et Paris m’étouffait. J’étais comme bloquée. Il me fallait fuir pour me donner une chance de m’en sortir. Fuir pour explorer d’autres possibilités tant à Paris il me semblait n’avoir aucune autre option que de répéter les mêmes erreurs. J’ai pris la décision de déménager à Tahiti pour un emploi que j’ai fini par quitter et pour retrouver un homme que je pensais être l’amour de ma vie mais qui au final s’est avéré avoir été que l’amour d’un temps. 

Le chaos du départ de Tahiti et de l’arrivée en France dominée par la situation politique actuelle m’ont donné une raison de repousser à toujours plus tard ce moment où j’allais enfin poser à l’écrit mon bilan de Tahiti. Pour être honnête, je ne me sentais aussi pas assez forte pour le faire. Faire un bilan c’est se souvenir des bons et surtout des mauvais moments. Et il y’en a eu. Une petite précision tout de même. Je ne ferai pas un retour sur Tahiti. Les pour, les contre. Ce que j’ai aimé et ce que j’ai détesté. Non. Tout tournera autour de moi. Permettez moi d’être aussi autocentrée. Après tout, le sujet que je connais le mieux c’est moi et ma vie. À quoi bon prétendre parler d’une autre personne alors que l’inspiration vient majoritairement de mon expérience de vie? Et comme Doris Lessing l’écrit dans la préface de Le carnet d’or : « au final écrire sur soi même c’est écrire sur les autres ». J’ai foi que que l’un ou l’une d’entre vous se retrouvera un tout petit peu dans ce texte.

Deux ans à Tahiti qui en ressenti m’ont paru cinq. Là-bas, les émotions sont décuplées. Les apprentissages plus rapides. Le développement personnel aussi. Vivre sur une ile aussi petite et aussi lointaine, bien qu’Internet existe et qu’elle soit la plus grande Polynésie française, c’est un peu comme vivre dans une bulle. Coupée du monde. Où se rattacher au monde est un effort constant à faire. À Tahiti, je me suis sentie très seule. Ça n’a duré que quelques semaines au début de mon aventure mais je me souviens de ces nuits à pleurer dans mon lit, de cette boule oppressante dans mon cœur me demandant si je finirai par être heureuse un jour ou de cette sensation de vide alors que j’étais entrain de contempler un ciel bleu magnifique. La beauté et la peur en même temps. À Tahiti, j’ai cru devenir folle à force de tourner en rond et de regarder le plafond ne sachant quoi faire. Mes moments de désespoir là-bas me paraissaient plus profonds que nulle part ailleurs. Ma colère aussi. J’y ai fait ma première dépression due au travail. 

Mais surtout à Tahiti, j’ai grandi. Dès le début, j’ai franchi une grosse étape en apprenant à conduire pour y aller. J’ai affronté mes peurs. De l’eau d’abord. Je me suis faite peur en nageant pour apercevoir des raies manta. Une des plus belles visions de ma vie. A nouveau, la peur et la beauté en même temps. J’ai joué dans les vagues. Moi! Joué dans les vagues agitées. Pour le plaisir et j’y ai pris du plaisir. J’ai glissé sur des vagues en bodyboard à une des plus belles plages de l’ile. Pointe vénus, tu vas me manquer ma belle. J’ai passé énormément de temps seule dans la forêt : à marcher, courir, réfléchir, chanter, m’émerveiller, observer des oiseaux, sentir les odeurs. A Tahiti, j’ai changé. Je me suis politisée, je suis devenue anti-libérale et anti-capitaliste. Je me suis lancée dans des activités tellement loin de qui j’étais avant : la poterie et le rugby. Je ne suis plus une fille de la ville. Mon corps et mon âme me demandent de courir à l’air libre, des arbres, des oiseaux, de la vie sous toutes ses formes, un horizon, du calme. A Tahiti, j’ai appris à me contenter de peu, à réparer les choses, à ne plus acheter compulsivement, à accepter que mon bonheur ne passe pas par la quantité de matériel que je possède. Non, cette nouvelle paire de bottes ne te rendra pas meilleure ou moins malheureuse. Elle comblera ton manque pendant quelques minutes, quelques heures voire quelques jours mais comme une drogue il te faudra à nouveau ta dose.

A Tahiti, j’ai démissionné et j’ai enfin pris la décision de me réorienter et quitter le monde des télécommunications. C’est la raison de mon retour en France. Une nouvelle carrière professionnelle : ingénieure hydrologue. Bientôt, vous saurez tout du pourquoi de cette reconversion dans les métiers de l’eau et de mon cheminement.

A Tahiti, j’ai rencontré Max. Max c’est l’homme qui partage ma vie depuis deux ans maintenant et qui a été avec moi lorsque j’affrontais certaines de mes peurs : il m’a littéralement tenu la main pendant certaines sessions de nage dans le lagon de Mahina. Pour me rassurer quand j’avais soudainement peur de tomber sur un requin. Mon imagination est très fertile quand il s’agit du pire. C’est aussi lui qui part de Tahiti et de sa passion pour être avec moi en France pour ma reconversion. Merci Maxou.

Je ne dirai pas tout. Je garde certaines choses pour mon jardin secret et aussi pour avoir quelque chose à te raconter la prochaine fois que tu passeras par ici. En résumé, Tahiti a été douce et dure pour moi. Est ce que j’y retournerai y vivre? Je ne pense pas. Quoique. Qui suis je pour prédire l’avenir? J’ai aussi appris là-bas à lâcher prise et à moins vouloir contrôler la vie. Par contre je peux dire ça : je ne regretterai jamais d’avoir cédé à cette impulsion d’emménager sur cette ile, même si c’était pour de mauvaises raisons initialement. Ce que j’ai cru être une erreur s’est révélée une des étapes les plus importantes de ma vie. Pour les leçons apprises, pour les grands changements que vivre à Tahiti m’a poussé à faire, pour les lieux magnifiques que j’ai découvert, pour les personnes que j’ai rencontré et qui feront toujours partie de ma vie.

A jamais dans mon coeur, le fenua.

Nana!

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